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 Le fil

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Eyleen
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MessageSujet: Le fil   Jeu 10 Avr - 18:41

Pas encore assez tranchant.
Ca se voit au reflet sur le bord de la lame... Pas encore cet éclat à la fois soyeux et vif, bleuté quel que soit l'éclairage. Eclat de mort, tellement doux pourtant.
La pierre passe et repasse le long de la lame, long mouvement uni, petit chant de l'acier qui me sussure à l'oreille, encore une fois, encore une fois, encore...
Assise sur un rocher, la poignée bloquée sur l'épaule, je me penche sur elle, et j'obéis. A chaque geste, le monde s'efface un peu plus, les lueurs orangées et pourpres qui montent des fosses et des feux, le vol erratique des quelques mèches de cheveux qui me pendent devant le visage et qui flottent sur l'air trop chaud, au parfum de soufre.
Plus que moi, la pierre et la lame.
Plus de sombres pensées, plus de pensées du tout...
Plus de vague rougeâtre et palpitante, endormie, vague mordante de fureur qui s'élève parfois quand la tempête se lève en moi, et ne s'apaise que dans le sang.
Seulement le geste, répété, le chant délicat.
L'acier n'a pas de rage.
Il n'a pas de colère.
Pas de souvenirs non plus...

Un geste encore, la pierre descend le long du fil de la lame.
La petite voix de l'acier me chante une berceuse.
Je souris peut-être...
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Eyleen
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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 22:34

Il sera bientôt temps...
La lame est prête et moi aussi.
Les dagues dans les tiges de mes bottes, affûtées comme des rasoirs, le poignard à ma ceinture, mortel.
La longue épée s'élève, tranche le morceau de cuir épais, dans un soupir ténu. Je mène la pointe à l'orée du fourreau et l'y laisse descendre. Voilà... A sa place, contre ma hanche droite, gardienne silencieuse, patiente...

Il est temps à présent, je me lève, abandonnant la pierre, l'huile et le chiffon, et le bout de cuir bouilli qui teste le tranchant des lames.
Mes pas m'emmènent. Bien loin des hautes demeures aux murs sombres, vers le fond des cavernes immenses où ils vivent, où ils dorment, où ils reviennent toujours le massacre achevé. Là où m'attend la salamandre...


Je l'ai rencontrée pour la première fois à la sortie de la fissure rocheuse où je me terre pour dormir. Elle a fui, je ne l'ai pas suivie. Il en court beaucoup, des bestioles comme elle, dans les cavernes des Enfers... C'était juste une salamandre, un serpent de feu, une mangeuse d'insectes et de bébés souris.

Puis je l'ai revue dans la petite grotte où je vais, seule, passer quelques heures par jour les lames à la main, là où je danse la danse mortelle que le vieux Rhodan m'a apprise. Dans le chatoiement des lames tourbillonnantes, en bordure de la demi-transe où je suis toujours plongée, le regard vague et le sel à fleur de peau, je l'ai vue, collée à la muraille, et elle me regardait. L'instant d'après elle s'était coulée dans une fissure. J'ai repris l'entraînement et je l'ai oubliée.

Puis elle est revenue encore, alors que j'avais enfin accepté de dormir ailleurs qu'à même le rocher, épuisée par ces jeux d'amour que je découvre à peine, les sens repus et les yeux lourds. Je l'ai vue perchée sur le montant de la couchette dont je commence à apprécier le moelleux et où je rêve mes rêves brûlants sous le mince drap qui me couvre. J'ai cru à une chimère en avance sur le rêve et j'ai fermé les yeux. A mon réveil elle n'était plus là.

Puis elle est revenue et un jour je l'ai trouvée à côté de ma main inerte, couchée sur le matelas, longue et souple esse d'écailles noires à reflets feu. Ses yeux d'ors me fixaient, et elle n'a pas fui. Elle est restée un long moment et je suis restée moi aussi, immobile, à la regarder. Puis elle est descendue du lit et elle a quitté la pièce, simplement.
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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 22:42


Découvrez Within Temptation!


Je ne l'ai plus revue depuis, mais je sais...

Ici personne ne vient jamais, au fin fond des cavernes, là où meurent les échos. Là d'où viennent les brises chaudes, l'haleine brûlante de la terre qui soulève mes cheveux et ma jupe d'étoffe. Là où le plafond se résoud en un labyrinthe de piliers de pierre, et où le sol s'abaisse, pas après pas...

C'est ici qu'elle attend, la salamandre, ici qu'elle savait que je finirais par venir. Elle me regarde et elle glisse de la paroi de roche, glisse sur le sol et s'en va, onde noire, mince et silencieuse. Je ne me pose aucune question, elle ne répondrait pas.
Ce n'est qu'une salamandre.
Ou pas...


Les piliers se sont rapprochés, le labyrinthe s'est fermé sur moi, la chaleur augmente, mais je n'ai pas peur. La lueur qui sourd des murs est rouge et or, couleur de feu, et je sais que je me brûlerai si je les touche, comme me brûle le sol à travers le cuir épais de mes bottes. Peu importe, tout ce qui compte est devant moi, la virgule ondoyante du serpent de feu, qui trace mon chemin, opiniâtre.

Le temps s'écoule, ou il s'est arrêté, peu importe. La lueur augmente, peu à peu aveuglante, et la chaleur sèche et dure, j'ai mal quand j'inspire, mais je m'en fous. Mon chemin est tracé, la suivre, où qu'elle aille. Et je la suis, de salle en boyau, de faille en fissure, je la suis, et la pierre est comme je l'attendais, brûlante.


Au sortir d'une étroiture particulièrement vicieuse, où j'ai cru laisser mes os, je trouve la rivière. Elle s'écoule, épaisse et rouge devant mes pieds douloureux. Les croûtes noires de jeune roche se créent et se défont, inlassablement à sa surface. La salamandre est là, elle me regarde, elle attend, mais je ne comprends pas. Je devrais être déjà morte, personne ne peut se tenir aussi près du sang de la Terre. Et pourtant je vis. Je respire. Je ne comprends pas.

La salamandre reprend sa route alors. Peut-être sait-elle que le moment n'est pas venu. Moi je ne sais pas. Je recommence à la suivre. Parfois tout près de la lave, parfois plus loin dans un passage tortueux, je la suis sans faillir, sans comprendre toujours, mais peu à peu j'arrête d'essayer. C'est comme ça. Je vis. Ce genre de mystère n'est pas à ma portée, alors c'est inutile de tenter de le percer, autant admettre et poursuivre ma route... La route sinueuse de la salamandre.
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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 22:43

Et puis le souffle...
Ca vient de devant nous, hors du couloir cannelé de pierre déformée que la lave doit emprunter, parfois. Là devant la lumière est trop vive et le souffle brûlant est continu. Il devrait me consumer, il me caresse... J'avance, hypnotisée, fascinée, j'avance, et devant moi je trouve la cascade et le lac tourbillonnant. Là où finit la rivière. Où elles finissent toutes. Où commence le fleuve.



J'avance jusqu'au bord du lac de roche fondue, et mes yeux devraient avoir explosé dans mes orbites, ma peau craqué comme comme une feuille morte qui se déchire, mais rien. Je regarde, bouche bée, souffle lent, comme en rêve, je regarde le flot épais, visqueux, les vagues lourdes. La salamandre est là, elle me regarde, immobile.

Pourquoi est-ce que j'ai sorti ma lame ? Je n'en sais rien.
Peut-être pour toucher cette île flottante et noire, grande comme ma main, et l'enfoncer dans le feu liquide... L'acier a touché le feu, a viré au blanc, immédiatement. Je l'ai regardé fondre.
Puis j'ai poussé la lame plus avant, lentement, les yeux perdus, il est si beau ce blanc, si pur. J'ai fini accroupie au bord du lac de feu, et seule la garde me reste en main... Alors de la main droite, j'ai sorti la longue dague, et je l'y ai plongée aussi, lentement. Trop courte, trop fine, elle a fondu si vite...
La marque à mon bras, rougeoyante, même au coeur du carnage jamais je ne l'ai vue rougeoyer ainsi.
Est-ce qu'elle deviendrait blanche, elle aussi ?
Comment savoir ?
Je plonge lentement la main dans le flot rouge et jaune. C'est comme d'enfoncer la main dans de la boue chaude. Si chaude... Je la sens, la chaleur, violente, je la sens. Je devrais être morte, mille fois.
Mais je vis.
La marque devient blanche, un blanc éclatant, aveuglant, dès qu'elle a touché le feu.
Je souris...

La main que je retire est intacte.
Etrangement ça ne me surprend même pas. Je me relève, un peu chancelante.
La salamandre est là, immobile. Elle me regarde.
Doucement ses yeux clignent.
Je sais ce qu'elle attend.

Je pose un pied dans le lac, puis l'autre.
Dans une fumerolle tourbillonnante, mes bottes prennent feu et disparaissent.
Mes genoux, puis mes cuisses, mes vêtements flambent, à nouveau cet éclat blanc comme la boucle de ma ceinture se fond et disparaît. Le lac est comme de l'or, brillant, si lisse... Dans la lave jusqu'à la taille je sens les courants puissants qui m'entraînent. Je sais que mes cheveux plongent dans le feu, ils devraient griller et se raccornir, ça devrait puer le poil roussi, mais il n'en est rien, juste le cuir de ma veste courte qui tombe de mes épaules.
Je ne regarde pas en arrière.
Je ne sais pas si elle me suivra.
Peu importe, j'ai un autre guide à présent.
Je perds pieds, et soudain, le feu me prend dans ses bras et m'emporte.



Dernière édition par Eyleen le Jeu 19 Juin - 13:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 23:45

Ouverts ou fermés, mes yeux, je ne sais pas...
Le feu est partout, autour de moi, partout dans ma tête, il me porte, m'enserre, il me berce...
Je devrais être morte un million de fois.
Brûlée, éparpillée en cendres ou vaporisée dans l'air vibrant.
Le fleuve de feu me roule dans ses flots lourds, comme si je dansais lentement dans ses bras, et je n'ai pas peur...
Il me raconte, et j'écoute...

Longuement il chante à mes oreilles le grondement régulier de son flux irrésistible...
Si longuement...
J'ai presque envie de pleurer lorsqu'enfin il me dépose, poupée pantelante, sur une rive noire.
Je reste immobile, inerte et épuisée, nue sans la caresse de la roche fluide, perdue dans la masse défaite de mes cheveux.
Intacte.
Ou pas.

Je finis par me lever, quand même...
Je regarde le flot s'écouler devant moi, regrettant de ne pouvoir m'y plonger encore, mais je n'ai plus besoin de salamandre pour me dire que mon chemin ne s'arrête pas ici...

Là, au loin, la paroi s'élève, rouge sombre au-dessus de l'or vibrant du feu.
Et je vois la chaussée fragile qui sinue, et la porte.
Je souris, sans joie.
Une autre salamandre...


Pieds nus sur la roche noire, je poursuis mon chemin...
Si long chemin, si dure la pente à mes jambes fatiguées, à mes pieds qui saignent...
Et la haute porte ogivale, si lointaine chaque fois que je lève les yeux...
Quand je l'atteins enfin, je titube...

Quelques secondes, pause, respirer à petits coups l'air qui brûle.
Réaliser.
Cette porte, cette chaussée.
Et ce qui s'ouvre ici derrière.
Construit.
De main d'homme.

J'ouvre mes yeux douloureux.
L'enfilade de colonnes immenses et la voûte entrecroisée...
J'ai déjà vu de ces voûtes, anciennes, qui traversent le temps...
Combien de temps depuis que celle-ci s'élève en haut de ses piliers ?
Ils me rappellent les piliers de pierre au fond de la grande caverne.
Ils me rappellent les fenêtres de la tour de l'empereur, ces yeux sombres étirés comme les pupilles d'un chat.
Ou d'une salamandre.



Au bout, si loin la lueur dessine l'issue.
De l'autre côté, la porte.
Et je sais que la fin est là.

Je reprends ma marche à travers la cathédrale.
Longue marche à frôler des mains les piliers titanesques.
A imaginer qu'on les a édifiés, il y a si longtemps.
A prendre conscience, lentement, à travers la brume de fatigue qui me voile l'esprit, de l'antiquité de ce lieu aux tréfonds de la terre et au-delà du feu.
Si ancienne...

La porte, au loin, si loin, trop loin.
Mais je finis par l'atteindre, même si elle semblait vouloir s'éloigner de moi à chacun de mes pas.

Et puis je la franchis.

Et là je sais que j'ai atteint mon but...


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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 23:47



Je marche en somnambule sur le sol lissé par le feu, où les petites crevasses incandescentes courent en filigrane. Je marche et je laisse traîner les mains sur les reliefs tourmentés, tournés comme par la main d'un sculpteur fou, pitons vrillés et tordus, longues larmes de roche retombant comme une chevelure, figées dans une posture courbée de suppliant.
J'avance vers la raison d'être, l'esprit du temple de pierre, gardé par le fleuve de feu.

Son coeur palpitant est blanc.
Blanc comme l'acier qui fond, blanc comme la marque à mon bras.
Et autour de lui les flammes dansent.



J'avance jusqu'à ce que sa lumière me brûle les yeux.
Et puis je tombe sur les genoux.
Et je reste là, immobile.
Les yeux sur le double S à mon bras.
Mes doigts le suivent.
Et j'entends encore le murmure du fleuve de feu.
Ce qu'il m'a soufflé à l'oreille pendant ce long voyage, alors qu'il me tenait en lui...

Ceux du feu, ceux qui m'entourent, ceux que je côtoie.
Ceux qui portent la marque, blanche sur mon bras, la même marque.
Il me raconte le feu, ce qu'eux savent sans avoir à l'apprendre.
Le feu qui vibre au fond de la Terre, au fond de moi.
Le feu qui danse autour du Coeur blanc du temple, silencieux.

Le feu puissant des forges.
Le feu bienfaisant des foyers.
Le feu salvateur qu'on allume au bout d'une main tremblante, qui fait reculer les peurs de la nuit.
Le feu qui dévore les cadavres et les rend à une prochaine vie.
Le feu qui ravage...
Arbres et plantes, noircis, brûlés, anéantis.
Carcasses misérables de ceux qui ne courent pas assez vite.
Désolation...
Et tout est revenu, en deux ou trois années.
Tout est vivant à nouveau, issu de la mort même.
Le cycle.

Le feu comme part du cycle, la mort et la destruction...
La destruction n'est jamais éternelle.
Le chaos perpétuel n'existe pas...

J'essaie de comprendre, d'apprendre.
Ceux de la marque parlent d'un Dieu qui veut la mort et les cendres, partout et à jamais.
Ils parlent de la mort et elle brille dans leurs yeux, lueur avide et luxurieuse, et j'ai vu leurs visages quand ils tuent, la jubilation qui explose dans leurs cris.
Les démons.
Les semeurs de mort.
Les anges de destruction.
Ceux qui abattent aveuglément ce qui se trouve sur leur chemin, ceux qui s'acharnent sur ce qui leur barre le passage, homme ou bête.
Ils ne sont pas les seuls, non...
Un vecteur sans doute, parmi d'autres...


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MessageSujet: Re: Le fil   Mer 18 Juin - 23:48

Et moi...
J'ai tué, oui, quand il le fallait, avant.
Mon seul talent, mon métier, un gagne-pain comme un autre.
C'est ce que dit la putain à ceux qui la méprisent.

Puis je suis devenue folle et je suis tombée.
Presque comme si je me jetais dans leurs bras, et la marque m'est venue, je ne me souviens plus...
Juste qu'elle était là, un jour. Qu'elle m'attirait, la lame au clair, à hurler avec les autres, à m'offrir au massacre.
J'ai tué, encore, et encore...
Pourtant je me souviens que je respectais la vie... Je la respecte/
Mais quand la marque est rouge, la vie ne m'est plus rien, ni la leur ni la mienne.
Je ne suis plus que violence et fureur, extase animal.
La louve.
Celle qui m'appelle comme ça ne sait pas à quel point elle est proche de ce que je suis...
La louve...
Isolée au milieu des autres, esseulée dans la foule, interdite d'amour et de tendresse, si longtemps. Nourrie de rancune et de mépris, abreuvée d'injures ou de railleries, repoussée au loin, là où il fait sombre, là où le vide ne fait plus mal.
Enfant de pierre, dure et froide.
Et dedans...

Parfois, un feu doux, paisible, un feu vif, qui picote à la peau, qui s'écoule dans mon sang et qui appelle les voix des autres, leurs mains et leurs sourires.
Et parfois, le feu déchaîné qui ravage. Celui qui dévore des vies. Violence et fureur, oui...

Et je suis l'une et l'autre...
Celle qui aime et celle qui tue.

Je suis du doigt la marque à mon bras, inlassablement.
Violence et fureur, tu sais comment aller les éveiller au fond de moi, là où je les ai enfermés, toute petite, dès que j'ai compris qu'il ne servait à rien de pleurer... Là où elles ont gonflé, prospéré, dangereuses et patientes... Tu sais où les trouver, et tu sais leur ouvrir toutes les portes...
Toi, la clé...
Toi qui éveilles en moi le bête enragée, imprévisible...
Cette partie de moi que j'avais enfermée...

Et alors je cours avec eux et je tue.
Massacre effréné, mort qui coule et se propage comme le feu destructeur.
Et puis, plus tard... Quand nous sommes passés, repartis, oubliés... Les cendres se déposent et nourrissent le sol... Et la vie reprend, lentement.
Le cycle.

Je m'allonge sur le côté, le sol brûlant sous ma joue, mon épaule, ma jambe.
Je serre contre moi le bras marqué du double S serpentin qui ondule...
Je le serre et je ferme les yeux, épuisée, ahurie, écrasée par ce savoir qui pèse trop lourd pour moi...
Secouée profond de savoir enfin où se trouve ma place.
Le cycle...
Et alors que je m'endors, la marque continue à briller, blanc étincelant, à mon bras droit.
Et la pensée glisse aux frontières de ma conscience comme je tombe dans l'oubli.
Le cycle... et si c'était un leurre ?

Dans la fournaise au creux de la terre, immobile dans l'air vibrant qui joue avec mes cheveux, je dors.
Au-dessus de moi, le Coeur blanc palpite, silencieux, indifférent, ses voiles de flammes dansant autour de lui...
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MessageSujet: Re: Le fil   Ven 8 Aoû - 17:25

Quand je m'éveille mon bras est niché contre moi, bien serré. La marque est sombre. Je n'ai pas besoin de regarder pour le savoir. Je la sens, comme toujours.
Je suis allongée dans ma maison de suie, ma maison solitaire et dépouillée de tout. Sur ce lit étroit que je méprisais il y a peu, lui préférant la fracture au coeur de la roche où je me tapissais comme un petit animal, pour m'endormir en écoutant s'écouler autour de moi la vie de la Terre, infiniment lente.
Dans la même position, exactement, que quand j'ai fermé les yeux.
Seule.

Ce n'était pas un rêve, mais ça aurait pu. Je le sais parce que mes pieds me font souffrir. Je le sais parce que mes lames et mes vêtements devraient être là, sur le coffre, et qu'ils n'y sont pas. Je sais où ils sont. Ils ont été mangés par le feu liquide.

Je reste immobile.
Tout paraît différent.
Ces murs, je ne les ai jamais aimés. Ces quelques objets et meubles ne me sont rien. Tout ce qui était à moi, je l'ai laissé derrière moi, dans le fleuve de feu. Je suis la seule chose qui ait fait le voyage jusqu'au bout...

Je me redresse et je m'assieds sur la paillasse rude. Mes pieds sont sales et ensanglantés. Douloureux. Le feu ne les as pas brûlés, mais les pierres du chemin ont mordu la peau... Ce n'était pas un rêve... Ou alors le rêve continue.

Je me lève, et la douleur me fait siffler entre mes dents. La jarre d'eau fraîche est à quelques pas, je vais les laver à l'aide d'un chiffon propre, les bander grossièrement avec deux autres bouts d'étoffe. Je vais devoir marcher un peu... Puis je peigne longuement mes cheveux embroussaillés, tirant sur les noeuds jusqu'à ce qu'ils cèdent un à un. Voilà.

Je retourne au lit, arrache le drap et me l'enroule autour du corps en guise de robe. Maintenant je peux sortir d'ici. Il me faut des vêtements, il me faut des armes. Il me faut des soins... En bref il me faut aller vers les autres.
Vers les miens.

Les mains serrées sur le drap, je reste immobile une seconde. Les miens. C'est la première fois que je le pense.
Plus tard il faudra que je réfléchisse à tout ce que j'ai entrevu sous la lueur blanche du Coeur. A cette sensation de faire partie d'un tout, d'avoir ma place, mon rôle, parmi ceux qui massacrent. A cette impression que la partie de moi qui tue a toujours existé, secrète, cachée, enchaînée, et que c'est elle qui se libère quand la marque devient rouge... A cette certitude que je resterai, à présent, malgré le fait que je ne partage pas leur dogme et leurs croyances.
S'ils m'acceptent.

Le pas lent et régulier, dénuée de tout sous le drap mince que je tiens fermé des deux mains, je quitte la maison noire. Là plus loin, les lueurs de la Cité rougeoient. C'est là que je vais. Pour ne plus en partir.


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MessageSujet: Re: Le fil   Mar 9 Sep - 15:18

Mon pas est lourd, j'ai le sentiment, sans aucun doute faux, que chacun de mes geste est épié.

Comme si chaque mouvement impliquait une foule piailleuse de conséquences.

Ma tête n'a plus jamais cessé de me faire mal depuis que j'ai vu l'Empereur. Depuis qu'il m'a invité sur ce balcon et qu'il m'a coiffé de cette couronne sombre
Mes épaules sont lourdes aussi. Comme si un poids invisible y restait niché en permanence. Symboliquement, peut-être que les colonne titanesque qui soutiennent le plafond de roche de notre Empire aboutissent sur moi pour que je les porte.

Je sais que c'est faux, ce qui fait un Empire glorieux n'est pas son souverain, mais ses bras armés. La Guerre, il n'y a plus que ça qui compte.
Je ne ferai pas exception à mes prédécesseurs. Je l'ai promis. A moi même, mais surtout à tous les Démons et à notre Dieu Unique, à l'instant même où la couronne a effleurée mes cheveux.


Malgré mes nouvelles obligations, la Porte me manque.
Le sentiment d'attachement ne s'est pas estompé, et quand je ferme les yeux, je peux la sentir vibrer, ou entendre les Gardiens que j'ai réveillé.

Comme avant, j'aime rester seule. Seulement moi et mes pensées. J'ai toujours cru qu'un jour, en me concentrant assez fort, je pourrais entendre Hadès, moi aussi.


J'ère dans le Palais d'Aioros. Le faste est extra-ordinaire. J'aime ça. Tout y brille, tout est propre et démesurément grand. J'ai surtout découvert, dans une salle immense, une galerie de portrait.
Le premier de la collection est immense. Il représente le premier Empereur de notre Nation. Et chaque Empereur après lui a fait un portrait, encore plus grand et plus luxueux. Celui d'Aioros est colossal.
J'ai passé des heures dans cette galerie. Et j'ai bien peur de ne pas réussir à faire plus grand et grandiose que ceux d'avant. Que dirait mon successeur ?


J'essaye d'imaginer une boiserie qui toucherait le plafond. Un fond si noir qu'on croirait être aveugle en le regardant et...

Mon oeil est attiré par une silhouette.

Je sais que c'est une femme là où d'autre aurait cru voir un fantôme. J'en ai assez vu pour en reconnaître immédiatement.

C'est elle...
Je n'étais pas spécialement venue la voir.
D'autant plus qu'elle n'est pas comme les autres...
On m'a dit qu'elle n'aimait pas la maison qu'on lui avait attribué.
Elle est pourtant bien faite. Je veux dire... moins que le Palais bien-sûr... Mais tellement mieux que la pierre devant la Porte...

Quoi que.


Que fais-tu ici ?

J’essaye de paraître autoritaire. Comme si j’allais punir quiconque se retrouvait sur mon chemin. Ce n’étais pas vraiment mon but en fait.

Que fais-tu ici, Eyleen ?
répétais-je, le ton plus doux. En vérité, j’ai besoin d’un peu de conversation je crois.

Je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de lui parler. Jamais en seule à seule en tout cas. Mais c’est comme si je la connaissais.
Quelque part, elle me ressemble un peu je trouve. Elle préfère la solitude. Enfin je crois…

Sa vie était à la Surface.
Si on ne né pas en Enfers, on ne s’y adapte jamais vraiment entièrement.



Elle semble absente de son propre corps. Son regard m’intrigue. Il est vitreux et profond en même temps. C’est le regard de quelqu’un qui sait.
J’ai toujours aimé ça. Le savoir rend les gens normaux automatiquement supérieurs à tous les autres.
Dans notre Nation ce qu’on sait surtout, c’est se battre… Et ce doit être un des savoirs les plus valorisants.
Surtout en temps de guerre…qu’on étendra jusqu’au renouveau d’Hadès.

Elle est valeureuse, elle. Elle ne fléchit pas, et arrête de penser quand il le faut.
La vie est faite ainsi. Ceux qui prennent leur temps finissent toujours par le perdre.


Viens au Palais avec moi.

Je m’étais approchée d’elle. J’ai senti que mon visage n’avait pas marqué le moindre signe. Je n’arrive plus à réchauffer mes expressions. C’est peut-être mieux ainsi, c’est ce que l’Empereur voulait.

Ce n’était ni une question ni un ordre. Simplement une invitation.

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MessageSujet: Re: Le fil   Mar 9 Sep - 16:56

Les murailles cyclopéennes du palais me regardent. Je ne m'en étais jamais approchée d'aussi près... Etrange. Depuis le temps que je vis ici, je suis restée en marge, terrée dans les fissures rocheuses, cachée entre les murs nus et noirs de la petite maison tordue. Je les voyais de loin, je détournais les yeux, c'était tout. Comme si au fond je ne voulais pas vraiment savoir qu'il était là...
Le palais de l'Empereur des EnferS.
Là où vivent les démons.

Je suis venue sur l'esplanade comme tous les autres il y a peu, mais je n'y suis restée que le temps d'apprendre ce que j'étais venue savoir. Et là encore, j'ai juste frôlé des yeux les fenêtres élancées et l'enchevêtrement de murailles, les gros donjons trapus, ancrés dans le roc noir, les tours fuselées s'étirant vers le plafond invisible, perdu dans les vapeurs couleur de cendre. Je n'ai pas voulu voir, pas encore...

J'ai mal aux pieds... Les plaies se sont rouvertes, les chiffons qui me protègent étaient insuffisants sur les roches râpeuses. Je laisse un peu de sang sur le marbre à chacun de mes pas... Une trace rouge qui se fondra dans le noir de la pierre...

La voix m'aurait fait sursauter, n'importe quel autre jour.
Mais là, je ne sais pas pourquoi, je devais l'attendre.
Attendre peut-être précisément cette voix-là.
Il n'y a pas de hasard.

Je tourne la tête, lentement. Elle se tient à quelques pas, le cou raide sous le poids de cette coiffure qui la grandit. Ses traits se sont durcis. Sa posture aussi a changé, ces robes somptueuses semblent si étrangères à ce corps menu que je n'ai jamais vu vêtu autrement que des cuirs souples et des mailles des guerriers. Une autre personne. Mince et droite comme une lame. Aussi dure, sans doute, que l'acier. Et aussi froide.

Ses questions flottent autour de moi. Et je ne sais que répondre. C'est comme si à cet instant je n'avais plus de mots... Ce que je fais ici ? Et toi, que fais-tu ici, Impératrice ? Tu es chez toi ? Moi aussi... Enfin je crois...

Elle s'approche, mais sa voix reste aussi lointaine, son expression aussi distante. Elle m'invite à la suivre, et il n'y a pas la moindre chaleur dans ses mots. Le regard qu'elle m'a lancé avant de parler était dénué de tout sentiment, un regard qui pesait, qui évaluait, qui jaugeait. Le regard du chasseur pour l'un des chiens de la meute. Peu lui importe qui je suis. Tout ce qui importe c'est ce que je vaux.
Et c'est ainsi qu'il doit en être.

Les mains toujours fermées sur le drap aux bords maintenant déchirés et noircis par les cendres qui revêtent le sol des enfers, un peu hésitante sur mes pieds meurtris, toujours silencieuse, j'avance vers elle.
Prête à la suivre.
Et malgré mon apparence et la lenteur de mon pas, bien plus prête que je ne l'ai jamais été.
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MessageSujet: Re: Le fil   Jeu 11 Sep - 14:47

Elle n’a pas parlé. Juste suivi docilement. Je n’ai pas assez d’orgueil pour avoir remarqué qu’elle ne m’a pas salué… quoi que.
Elle semble un peu différente d’avant, la force des Enfers s’est installé dans son esprit. J’en suis certaine.

Elle n’a jamais cédé devant quoi que ce soit. Et ne pourra plus jamais le faire.
La fierté de la Nation et le sang des Démons. C’est de ça que sont fait les combattants d’Hadès. Pour moi, aucun doute que nous sommes supérieurs à ceux de la Surface. Notre Dieu ne nous laissera tomber, comme les autres croyants désœuvrés.

Et j’espère qu’elle le pense aussi.

Nous gravissons en silence les larges marches devant le Palais. Je marche devant sans me retourner.
Je souris légèrement en essayant d’imaginer ce qu’elle pense. Si elle n’y est jamais entrée, elle va être surprise.


La Porte immense du Palais s’ouvre sur un hall aux proportions inimaginables. Un tapis pourpre sanguin recouvre son centre, le reste, comme la majorité du Palais est en marbre sombre et brillant. On pourrait s’y voir dedans avais-je pensé la première fois.

Deux escaliers parfaitement symétriques partaient de chaque coté de la pièce pour se rejoindre au fond. Les murs portaient des tapisseries et des tableaux grandioses, souvent sanguinolents.
Mais l’important dans ce hall, se trouvait enlacé entre les escaliers.
Il avait pour but de frapper et intimider les éventuels visiteurs.

Accroché par de lourdes chaînes qui montaient vers l’obscurité du plafond, un squelette titanesque ré-assemblé pendait. Une bête ailée qui encombrait pratiquement tout le hall. Son crâne et son cou avait été tiré pour se trouver près du sol. Fêlé était un euphémisme, il était presque en deux parties distinctes, ce qui laissait penser à une mort extrêmement violente.



La première fois où je suis venue, Mach Gulam m’a dit que c’était l’ancien propriétaire des lieux… dis-je alors que je commençais à monter l’escalier de droite, en me tournant vers la guerrière. Mais je crois qu’il plaisantait…

La suite se fit en silence. Les couloirs étaient remplis de tableaux, sculptures et armures vides, certaines très largement défoncées. Vestiges des vaincus, peut-être.

Puis je la fis entrer dans une salle.


C’est l’ancienne garde-robe de l’Impératrice, expliquais-je après avoir refermé la porte derrière nous. Quelque chose te fais envie ?


Des présentoirs et des mannequins amputés portaient des collections de robes somptueuses.
Noires, noires, rouges, grises ou noires.

Je n’arrivais pas à sonder son esprit. Que pensait-elle de ça ?
Elle devait se douter que ce n’était pas anodin…

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MessageSujet: Re: Le fil   Jeu 11 Sep - 21:09

Je ne sais pas si toute cette immensité m'écrase ou si elle m'exalte au contraire... Les deux, probablement. Je ne suis pas accoutumée au luxe et au faste, nos cavernes étaient de dimensions modestes ainsi que nos logis... et puis ensuite je n'ai connu que la route et les auberges de passage.
Rien de comparable à ceci...

C'est plus que vaste, c'est presque aérien. Sombre, et pourtant les fenêtres démesurées laissent entrer la lumière rouge du dehors, relevée par l'or des torches dansantes. C'est immaculé et somptueux... Moi, enroulée dans mon drap, ma piste de sang derrière moi, je rentre la tête dans les épaules et je ne jette que des coups d'oeil timides sur ce décor à couper le souffle. Déplacée... et pourtant, je suis une part de tout ceci. Ce décalage me met bizarrement mal à l'aise...

La voix de l'Impératrice me précède dans le hall gigantesque, le long des restes de la créature suspendue qui monte une garde silencieuse. Un seul de ses crocs est plus long que mon bras. Je frémis... Je relève les yeux au moment où elle me parle, croise un bref instant ses yeux rougeoyants. Le frémissement se répète. Tant de froideur... Ses traits immobiles, comme si elle était de marbre, elle aussi...

Elle me guide le long des salles et des couloirs qui n'en finissent pas. J'évite les tapis. Ils ont beau être rouges, pourpres, noirs, je répugne à les tacher de sang. C'est idiot... Tout ici est d'une propreté presque irréelle, et pourtant, je n'ai vu aucun serviteur, aucune soubrette affairée, rien...

Elle m'ouvre une porte et me fait passer devant elle. Même la nuque courbée, je remarque que je dois baisser les yeux vers elle. C'est incongru, ça me dérange. Comme si rien ne devait jamais la surpasser en rien. L'image me revient de la svelte petite guerrière. A peine sortie de l'enfance. Je ne sais pas quel âge elle a, exactement. Sans doute comme Asyr, ou un peu moins. Pincement de douleur dans la poitrine. Pour autant qu'Asyr ait vécu...

J'entre dans la pièce et je n'y fais qu'un pas. Interloquée, je me fige. Ce que j'ai pris pour une foule immobile de corps sans tête n'est rien d'autre qu'une collection de vêtements.
Rien d'autre que ?...
C'est incroyable...
Il y en a des centaines...

L'explication vient de derrière moi, quand la voix de Médolie s'élève encore... Je tourne vers elle un regard éberlué. Une autre impératrice ? Oui... C'est juste, toutes ces toilettes seraient trop grandes pour elle. Elles ont été taillées pour une femme, pas pour une adolescente, même athlétique. Bouche bée, je balaie du regard la salle, plus grande à elle seule que toute la maison que j'occupais. Des mannequins par dizaines, des armoires ouvertes portant des tringles lourdement chargées. Le reflet des flambeaux s'accroche aux arêtes des plis des étoffes toutes plus riches les unes que les autres, soie, moire, satin, voiles vaporeux ou lourds lamés à l'éclat métallique.

Si quelque chose me fait envie ?....

Je la regarde à nouveau, je dois avoir l'air d'une idiote, la mâchoire affaissée et les yeux pleins d'incompréhension. Je fixe une seconde ma main crispée sur le drap que je porte. J'avais presque oublié... Et je ne pensais pas qu'elle avait remarqué... La honte me prend brusquement, magnifique 'Nea, pour la première fois que tu te présentes à ton Impératrice nul doute que tu fasses merveilleuse impression, avec tes pieds dans des chiffons, à moitié à poil dans ta literie, bravo, vraiment. Je rougis furieusement et je fixe les dalles en me bouffant la lèvre inférieure.

Bon.
Tu vas répondre quelque chose ou tu vas rester plantée en tortillant ton bout de chiffon comme une gamine embarrassée ?
Tu vas prendre le premier truc qui te vient sous la main, tellement trop luxueux pour toi que tu aurais l'air d'un singe habillé ? Ou tu vas chercher quelque chose qui puisse mieux te convenir que ce bout de tissu déchiré, sans pour autant te déguiser en ce que tu n'es pas ? Secoue-toi, Yllanea. Tu es une guerrière des EnferS, et tu es devant celle qui conduit la nation, à présent.
Alors un peu de dignité.
Tiens, justement...


Je ne suis pas digne de toutes ces splendeurs, ma Dame.

J'ai la voix plus râpeuse qu'une langue de chat. Cassée et rauque.
Tant pis.


Mais ma tenue actuelle ne te rend pas l'honneur qui t'es du.
Merci de ton offre.


J'ai même pas osé la regarder.
J'ai fixé le sol à ses pieds.
Je dois être encore un peu trop pourpre pour oser lever la tête.

Mal à l'aise, empruntée, je me tourne vers tous les mannequins, en inspirant un grand coup. On dirait une armée entière en train de se foutre de ma gueule. Une armée de toilettes luxueuses qui me raillent d'être aussi rustre, comme une foule de princesses immobiles qui riraient derrière leurs éventails en dentelle de la boue qui macule le sarrau d'une porchère. Et j'ai plus de mal à les affronter elles que je n'en aurais à me ruer au combat, une bonne lame à la main.
Mais je suis une guerrière des EnferS.
Et personne ne se rira de moi.
Même pas une fortune d'étoffes et de pierreries taillées pour une souveraine qui n'est plus là.

J'avance au milieu des mannequins, dépassant les plus richement vêtus, en essayant de ne pas les frôler. Je cherche du cuir et de l'acier, des tuniques et des chausses, mais il n'y a ici que des robes, des robes, des robes... J'évite tout ce qui scintille, tout ce qui luit, tout ce qui bruisse... J'évite le rouge, l'or, l'argenté. Les jupes volumineuses comme les corsets ajustés. Tout ça n'est pas pour moi. Je n'ai jamais été coquette, de toute façon, et la douceur somptueuse de certains contacts m'effarouche plus qu'elle ne me ravit...

Et je finis par trouver.
Au milieu de toute une série de robes noires soyeuses, sa teinte plus claire, plus mate, m'a attiré le regard. Je la frôle du doigt, l'étoffe est fine. J'extrais le cintre. Une longue robe droite de voile épais, gris de plomb, toute simple. Un faisceau de chaînettes d'acier pour la ceinturer. Un soulagement disproportionné me tire un long soupir contenu. Je retraverse la pièce, reviens vers elle, la robe sur le bras.
Quel genre de test était-ce là ?
Que voulait-elle me faire savoir ?
Etait-ce un moyen subtilement féminin de me faire prendre conscience de ce que je suis ? Et de tout ce que je ne suis pas et ne serai jamais ?
Tout en m'approchant de ma démarche boitillante, je guette sa réaction.
Les yeux levés cette fois.


Dernière édition par Eyleen le Ven 12 Sep - 19:38, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le fil   Ven 12 Sep - 19:20

La regarder m’amuse. Elle est mal à l’aise et gênée. J’avoue que c’était un peu mon but.
Je n’ai aucune idée du pourquoi par-contre.
Ce n’est pas se moquer, plutôt observer. Tout n’est que psychologie, et j’ai toujours aimé ça.
Chaque acte est fait de choix, et ce sont tous ces choix qui déterminent notre personnalité future et expose notre psychologie.
Rien n’est jamais banal.

Je ne sais pas encore ce que veulent dire ses gestes…
Mais je trouverai bien…
Et j’ai le temps, maintenant, je sais que j’aurai encore la possibilité de faire mes expériences.

Elle s’approche, la robe posée sur son bras en me questionnant du regard. A mon propre étonnement, je m’entends rire. Très légèrement, mais un rire quand même. Et mon visage n’a toujours pas bougé.
Comment peut-on rire sans sourire ?..

J’espère qu’elle ne croira pas que je me moque d’elle.


Eh bien, essaye-la, si elle te plait , dis-je simplement.

Sans réfléchir ni attendre, elle laisse tomber son drap, et se glisse dans la robe. Je ne m’attendais pas vraiment à ça. J’aurais imaginé plus de pudeur.
Et je ne m’attendais pas non plus à réagir comme ça. Mes yeux se baladent sur elle comme si j’étais un mâle mortel.
Je crois que ce ne sont pas les sentiments habituels. C’est comme… si je regardais un tableau. C’est une femme, elle. Une belle.
Et moi je resterai une enfant…

J’ai toujours placé la force et l’esprit avant l’esthétisme, mais maintenant que l’art m’est ouvert grâce aux richesses de ma nouvelle demeure…
Je prends de plus en plus conscience des choses futiles comme la beauté.
Et je la regarde avec envie.

Je ne me souviens plus de ce mot. Celui qui dit qu’on aimerait être à la place de quelqu’un d’autre…
Je ne l’ai pas fait venir ici pour ça. Simplement parce qu’elle n’avait pas d’habits… et qu’il lui en fallait pour ce que je compte lui demander.
Si on m’avait dit que envieuse…

Quelle horreur…
J’espère qu’elle ne m’a pas vu.



Eyleen si je t’ai amené ici…
Peu importe… je dois te montrer autre chose
, dis-je, tout bas, en laçant avec soin les lacets de sa robe dans son dos. Si je le fais si délicatement, si doucement, c’est que je ne veux pas en arriver trop vite à ma demande.

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MessageSujet: Re: Le fil   Sam 13 Sep - 20:31

Ce rire...
Une discordance totale entre ce que me disent mes sens. Mes oreilles ont capté le son. Mes yeux n'ont pas vu bouger les traits de son visage. C'est extrêmement troublant. Déstabilisant. Le frisson désagréable est de retour et il me titille l'échine à nouveau.
C'est tellement étrange, ce qu'elle est devenue...
Elle n'était pas particulièrement souriante avant, mais au moins... Elle ressentait les choses. Je me souviens avoir vu le doute et la perplexité, la fureur et l'exaltation passer sur ses traits.
Et là, plus rien.
Plus rien.
Mais qu'est-ce qu'il lui a fait ?

'Nea, ce savoir n'est pas pour toi.
Certaines curiosités sont dangereuses.

Elle me parle à nouveau, son invitation sonne comme un ordre. L'essayer ? Un rapide regard alentour ne montre plusieurs portes, autres pièces ou que sais-je, moi, mais elle ne me désigne aucune d'entre elles. L'essayer ? Soit. Ici ? Très bien.

Le drap tombe dans un petit bruit d'aile. J'ai eu du mal à ouvrir la main. Un ultime lien avec la maison fondue, avec avant le rêve-voyage, qui glisse de moi comme un dernier soupir. Il reste les chaussons pleins de sang, deux coups d'orteils le long des chevilles et les derniers débris de tissu ne se font pas prier pour rejoindre le drap souillé. Voilà. Tout est consommé.

J'enfile la robe rapidement, sans prendre le temps de l'examiner davantage, je sens le regard de Médolie qui pèse sur moi, et ça me dérange. Encore une étrangeté... La pudibonderie ne fait pas partie de mon éducation, et je crois l'avoir croisée déjà dans les thermes, alors pourquoi est-ce que ce regard me paraît aujourd'hui chargé de cette sorte de... d'avidité ? Trop appuyé. Trop intense. Pas le simple regard distrait que j'aurais compris.
L'étoffe me glisse le long de la peau, si souple... Je l'ai choisie pour sa simplicité, et c'est avec embarras que je constate trop tard qu'elle est bien plus que ce qu'elle paraît être au premier regard... Le chatoiement de sa teinte est tellement subtil qu'il m'avait échappé. Sa coupe apparemment droite et sans fioritures se révèle à présent qu'elle se déploie en longs plis harmonieux, suivant les courbes du corps et s'en éloignant comme à regret à hauteur des cuisses, là où s'ouvre la longue fente de la jupe. Parfaite... J'imagine déjà la dague fine que je pourrai attacher à ma jambe, à portée de main. Je ferme la ceinture de chaînettes métalliques. Les plus longues prennent leur place sur ma hanche comme si elles avaient été forgées pour moi...

Réveille-toi 'Nea...
Ceci ne t'appartient pas.

J'inspire brusquement, surprise. Médolie est passée dans mon dos, et sa voix me parvient, très proche. Le frôlement de ses doigts dans ma nuque me ramène ce fichu frisson... Mais qu'est-ce qui me prend d'être aussi émotive ? C'est ridicule...
Elle ne devrait pas faire ça. Fermer cette robe, ce rôle de femme de chambre est indigne d'elle, j'aurais très bien pu tirer sur les lacets moi-même, c'est idiot. Je baisse la tête pour cacher que je rougis encore, eh oui, une fois de plus, et pour m'occuper l'esprit je passe une main derrière mon cou, pour tirer hors de l'encolure de la robe la masse de mes cheveux, qui heureusement, pour une fois, se laisse faire avec assez de docilité...

L'accent de sa voix m'intrigue. Et il me fait un peu peur... Que craint-elle ? Je tourne la tête, elle a baissé les mains, sa besogne achevée, je me retourne donc complètement pour lui faire face. Et ça me frappe à nouveau. Je suis trop grande. Je ne dois pas baisser les yeux sur elle. Mais quelle idée d'être si menue, aussi !

Que veut-elle me montrer ?
Pourquoi est-ce que ça a l'air de... je ne sais pas. Elle semble... C'est difficile à percevoir mais... Oh ça m'énerve ce visage de pierre qui ne révèle rien ! Il y avait de la tension dans sa voix, j'en suis sûre, mais impossible de savoir de quoi il s'agit !
Eh bien... tu verras.


Je suis à tes ordres.

Même pas la peine de parler haut.
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MessageSujet: Re: Le fil   Lun 15 Sep - 21:16

Un dernier regard glisse sur sa robe. Elle tombe juste, comme je le pensais. On pourrait croire qu’elle a été faite pour elle. Si seulement elle n’avait pas cet air gênée et les membres si raides…

Très bien , soufflais-je.
Je me sens bien avec elle, j’avais une confiance relative avant de la connaître. Une sorte de préjugé positif, une personne bien au premier regard. Bien pour moi en tout cas. Je n’ai jamais eu les mêmes critères que les autres, forcement.
Maintenant j’ai pu l’observer un peu, je crois la connaître. Par substitution peut-être, mais je ne me trompe pas en général.

Sans un mot, je reprends la promenade dans le château, elle me suis sans parler plus. Des phrases préparées se mélangent dans ma tête. Je dois trouver la formulation parfaite.

L’hésitation n’est plus possible. Je dois être parfaite en toute situation, ou au moins le paraître.
J’ai de la chance qu’elle ne connaisse pas encore le palais. Je la fais traîner dans les longs couloirs, m’arrêtant devant une sculpture ou une fenêtre. Je lui montre sans parler. C’est la deuxième fois que l’on passe devant la bonne porte.

Pourquoi je n’y vais pas ?
Je suis un peu anxieuse, je ne tolérerai aucun refus. Pour moi-même bien-sûr, je ne punirai pas un de mes démons s’il rejette une proposition.
C’est stupide, c’est une aubaine pour n’importe qui…
Si seulement elle était comme les autres…
Alors je ne l’aurais pas choisie…
J’y vais !


Vas-y, entre , lui dis-je en lui pointant la porte d’ébène.

Je souffle un coup avant de refermer la porte sur moi. Cette une chambre avec un plafond très haut, sur lequel est peint une fresque. Une sorte d’homme géant rougeâtre qui tire avec démence et amusement sur des milliers de petits fils reliés à des humains. Ou plus précisément leurs âmes. Souffrance et folie, rouge noir et blanc. Pourquoi avoir choisi cette fresque ? demandent les yeux d’Eyleen.


Elles sont toutes comme ça… Je t’ai amené ici pour ça.

Je tire le rideau rouge satin pour laisser apparaître la baie vitrée. Une belle vue sur la ville et des collines au liserais ardent au loin. Le vide sous la fenêtre est considérable.

Je guette sa réaction avec avidité.


Ca te plait, Eyleen ?

Je la laisse contempler en silence. Je me retire jusqu’au lit à baldaquin dont j’ouvre les rideaux.
J’avais fait préparé plusieurs armures, ainsi que deux épées et quelques autres armes.
De l’argent, du cuir et de l’or, rien d’autre.


Tu voudrais…vivre ici ? dis-je simplement avant qu’elle ne se soit retournée.

Toutes ces répétitions mentales pour ça, finalement…

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MessageSujet: Re: Le fil   Mar 16 Sep - 19:54

Elle repart et m'entraîne à travers les salles et les couloirs sans fin. Est-ce qu'elle essaie de me perdre ? J'ai la tête qui tourne... La fatigue sans doute. Combien de temps ai-je dormi ? Et combien de temps ai-je marché juste avant, pour avoir une telle impression que mes jambes vont se détacher de mon corps ?...

Le périple se poursuit, ponctué de petites haltes, peut-être juste pour me permettre de m'appuyer un instant contre un pilier... Je ne sens plus mes pieds. Je sais que je saigne à nouveau, la preuve est sous mes yeux, cette piste d'empreintes sombres que j'ai moi-même laissées... A quel jeu joue-t-elle ? Nous sommes déjà passées ici, la preuve est là, sur ce coin de dalle... Mais elle tourne ses yeux rubis vers moi, et je ne dis rien.

Elle s'arrête enfin devant une grande porte noire, l'ouvre et me fais entrer. La pièce est vaste, la fenêtre aussi, qu'elle dévoile d'un grand geste en tirant une riche tenture, et l'horizon... C'est ce que je vois en premier, avant tout autre chose. C'est vers cet horizon que j'avance, de ma démarche devenue claudicante comme celle d'une vieille femme. Je pose les deux mains sur le rebord de la fenêtre, et je regarde... je respire... je me repais...

L'horizon des EnferS que je croyais étroit et sombre... Mais vu d'ici, rien n'est pareil. La clarté est rouge et jaune, venue des fractures profondes dans le noir des roches, et elle souligne d'un trait flamboyant le contour de collines et de ravins dont je ne soupçonnais pas l'existence... Les piliers immenses qui tombent de la voûte sont percés de petits trous derrière lesquels j'aperçois des visages minuscules, une vie troglodyte dans la tiédeur perpétuelle. Des gens vivent là. D'autres groupes de bâtiments encore, casernes ou réserves ou que sais-je, moi... Des feux, ruisselant de certaines parois, dormant au fond de gouffres bordés de routes dallées, fumerolles et geysers dansants au milieu d'un cercle de cristaux aux couleurs fantastiques, lacs au bouillonnement paresseux, et partout, du mouvement, de l'activité, groupes de guerriers avançant sur une chaussée, chariots tirés par des bêtes de bâts comme je n'en ai jamais vues, lourdes et écailleuses.

L'Empire.
Brodé de pourpre et d'or par le feu de la terre, une fabuleuse dentelle de roche et de cristal.

Je n'aurai jamais assez d'yeux pour tout voir, jamais assez de temps pour m'en rassasier.

La voix de Médolie résonne à mon côté, mais c'est comme si elle me parlait depuis l'autre côté du rêve. Longtemps après qu'elle se soit tue, j'arrive à faire l'effort d'essayer de lui répondre. A regret je quitte des yeux le paysage aride et fabuleux, pour me tourner vers elle. Comme j'amorce mon mouvement, je l'entends à nouveau, et sa voix est plus faible. Elle a hésité...

Et moi je ne sais que dire. Je dois avoir l'air au moins aussi stupide que tout à l'heure, dans la chambre aux robes. Plus stupide, probablement. D'ailleurs je me sens stupide d'avoir vécu ici si longtemps sans jamais avoir rien soupçonné de l'immensité de tout cela...

Je la regarde, elle se tient à côté d'un lit tellement vaste qu'on doit pouvoir y dormir à sept. Et sur ce lit aux rideaux ouverts, l'éclat du métal m'interroge lui aussi.


Vivre... ici ?...

J'ai balbutié. Evidemment.
Oui, vivre ici, c'est bien ce qu'elle a dit.
Je balaie du regard la vaste pièce au décor en rouge et noir. Les tapis, les meubles précieux, les portes qui laissent supposer des pièces attenantes. La fresque au plafond.
Je frissonne.
Les yeux levés, je regarde l'homme peint et son sourire cruel. Je connais ce sourire, je l'ai déjà vu. C'est celui qu'arborent certains de mes compagnons d'armes. Le même sourire, froid, cynique, un peu fou. Je baisse les yeux, mal à l'aise. Je frissonne encore, j'essaie d'éloigner de mon esprit tout ce que cette image m'évoque, mais mes pensées tournent en rond...

Elle me fixe encore et je n'ai rien répondu... Même si je connais déjà la réponse. Mais je ne sais pas si je pourrais parler sans croasser ou chevrotter, tellement j'ai la gorge nouée et sèche. Je dois me reprendre, absolument... Cette poussée de sensiblerie est ridicule et totalement incompréhensible.
Je m'avance lentement pour contrôler ma démarche, vers le lit et les armes qui attendent, posées sur la courtepointe... La main tendue, je frôle l'acier bleu d'une longue lame. Magnifique... Je la soulève respectueusement, admirant plus encore son équilibre parfait que le travail délicat et la garde ou l'éclat profond de la pierre qui forme le pommeau. Une arme de grand prix... Et les autres également. Les armures sont trop brillantes, mais un regard exercé remarque immédiatement l'acier trempé sous la feuille d'or et l'impeccable tenue des agrafes. Les cuirs noirs que je caresse de la main sont épais et souples...

Toutes ces richesses meurtrières...
Cette chambre luxueuse et vaste, la vue grandiose sur ce monde sous le monde, l'empire à perte de vue...
Cette visite approfondie du palais et de ses trésors, comme celui qui me vêt en ce moment, bien modeste pourtant en regard de ce que je n'ai pas osé prendre et qu'elle me mettait pourtant à portée de la main...


Qu'attends-tu de moi, Ma Dame ?

Un murmure étranglé. Neutre. Ni méfiance ni soumission. De la curiosité, seulement.
Même ébahie par tout ce que tu m'as fait miroiter sous les yeux, je ne suis pas devenue idiote pour autant.
C'est un marché.
Mais qu'achètes-tu, en vérité ?
Tu disposes déjà de moi, je porte la marque et ne peux m'y soustraire. Du reste je n'ai jamais cherché à m'y soustraire. Que veux-tu de moi que tu ne puisses pas prendre, tout simplement ? Mon bras est déjà à toi. Mon coeur ne t'intéresse en rien. Et ma tête... un bon guerrier ne doit pas trop penser, alors que t'importe ma tête, également.
Que veux-tu, Impératrice ?
Je ne te comprends pas...
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Médolie
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MessageSujet: Re: Le fil   Jeu 18 Sep - 12:07

De longs silences s’installent. J’avais un peu prévu ça, elle ne comprend pas tout, et je n’arrive pas à expliquer comme je l’aimerais. J’ai assez tourné autour du vase Ming.

Je m’approche d’elle et m’efforce de la fixer. Ma voix est un peu faible, mais toujours sur la même intonation.


Je veux que tu t’installes au Palais et que tu entres dans ma garde, comme Raizen et Ulterio. La différence avec les autres démons, c’est que tu habiteras ici et que… tu m’accompagneras lors de mes sorties… pour… tu vois ?

Apparemment, elle ne voyait que vaguement. Si elle acceptait, les explications seraient bien plus simples.

Il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je l’avais choisi, dont certaine qu’elle devait savoir et d’autre qu’elle n’allait pas tarder à demander.
J’ai confiance en elle et je connais ses qualités au combat.

Je sais ce qu’elle va dire… que les deux gardes d’Aioros sont plus vaillants qu’elle, qu’ils sauront me protéger, qu’ils ont mille qualités qu’elle n’aura jamais…
En fait, je pourrais me protéger moi-même, mais la coutume enferienne veut que l’Empereur ait des brutes à ses côtés.
Mais je suis la première Impératrice… et je suis seule…

Je ne vois pas Raizen m’aider sur ce que je pourrai lui demander à elle. J’ai besoin d’une personne spéciale, j’ai besoin de quelqu’un qui me donnerait ce qui m’a toujours manqué.

Et c’est elle qui a ça, en plus de la confiance et la force obligatoire pour ce rôle.


Apprends-moi à être une femme…

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Eyleen
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MessageSujet: Re: Le fil   Sam 20 Sep - 11:36

Etre une...

... une femme ?
Mais...
Mais de quoi est-ce qu'elle parle ? Je ne comprends pas...
Jusqu'à ses derniers mots j'arrivais à suivre. Rejoindre la garde impériale, même si cet honneur me dépasse et de beaucoup, je pouvais comprendre qu'elle ait envie d'adjoindre une garde féminine aux deux gorilles qui flanquent son pas... Et que la féminité étant denrée rare parmi les guerriers des Enfers, elle se tourne vers moi.
Jusque là ça allait.

Et puis...
Lui apprendre à être une femme ?
Comment est-ce que je suis censée interpréter ça ?
Si j'avais été un mâle sa demande aurait trouvé tout son sens, mais là...

Qu'est-ce que ça veut dire, pour elle, être une femme ? Comment est-ce que je pourrais lui apprendre quoi que ce soit ? Je suis de loin la moins féminine de toutes les combattantes qui servent l'Empire. J'ignore tout des artifices et des "airs de filles" que je vois sur le visage des deux inséparables ou de Seren. Elles soignent leur apparence, moi je me contente d'être rigoureusement propre, point, et j'ai les pires difficultés du monde quand pour une raison de décorum il me faut soigner ma mise. Je m'empêtre dans les jupes longues et je méprise les froufrous et fanfreluches dont les filles adorent se parer. Quand il m'arrive, rarement, de porter un bijou, j'ai la tentation constante de le tripoter tellement sa présence sur ma peau me parait incongrue. Je ne sacrifie à presque aucune des élégances de comportement ou d'élocution que les femmes doivent adopter, selon les codes sociaux en vigueur... Grâce, coquetterie, délicatesse...
Je vis et je me comporte comme un homme.
A une exception près...

Comment est-ce que je pourrais lui apprendre ce que j'ignore ?


Tu me fais trop d'honneur, Ma Dame. Je suis indigne du rang que tu me proposes, mais je suppose que... enfin... ce n'est pas à moi de discuter ton choix.

Tu t'embrouilles, 'Nea. Essaie de rester claire, même si rien n'est clair...

Mais...

Aïe. Mais ça fait contestataire. Continue et pèse chacun de tes mots. Sa demande... c'est quelque chose d'important pour elle et quelque chose de spécial. Sujet sensible, sujet dangereux... Sois prudente...

Je considère un instant l'absence d'expression de son visage, je fixe ses yeux, et j'y trouve une étincelle fugace, un bref reflet troublé. Mon regard glisse sur ses traits encore enfantins, sur sa silhouette gracile de toute jeune fille. Je sais la force qui se cache sous cette forme. Son ardeur au combat et la puissance de ses coups ne sont pas d'une enfant, pourtant. La peste soit de cette petite phrase insensée... Je n'ai aucune idée de ce qu'elle veut... et d'ailleurs...


Ce que tu me demandes là, c'est... étrange. Pardonne-moi, mais je ne comprends pas bien... Je ne suis pas très... hum... je ne suis pas très compétente dans cette matière-là.
Pourquoi...
(attention, 'Nea, fais très attention) Pourquoi ne peux-tu simplement prendre patience... quelques années ?

J'ai mis tout le soin du monde à garder une voix neutre, humble, à ne pas oublier une seconde que je ne parle pas à une égale. Pourtant, j'ai l'impression très nette que j'ai salement gaffé...

Quelque chose m'échappe...
C'est assez angoissant d'ailleurs.
Surtout que je réalise à l'instant que je viens de dire "attends" à l'Impératrice et de lui conseiller la patience comme à un enfant capricieux.
Oui bon d'accord ça n'a rien à voir.
Mais si elle le prend comme ça t'es bonne pour les oubliettes, 'Nea.
Rattrape le coup et en vitesse.

Je m'incline devant elle en baissant le visage, et je murmure.


Pardon, Dame.
J'ai abusé de ton indulgence.


Pourvu qu'elle en ait, de l'indulgence...
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MessageSujet: Re: Le fil   Ven 26 Sep - 23:34

Mince, j’aurais dû m’en douter, je vais devoir m’expliquer. C’est sorti tout seul, j’ai exprimé ma pensée sans le vouloir. Il faudra corriger ça.
Elle ne comprend pas, et moi non plus. Je vais avoir du mal à expliquer ça, mais trop tard pour lui dire d’oublier.

La voir se courber devant moi à chaque phrase et prendre des pincettes me fait bizarre. Comme si j’allais la transpercer au moindre mot plus haut.
J’ai l’impression d’être placée sur un piédestal ou d’être en verre.


Arrête ses révérences Eyleen. Ton rang ne l’oblige plus… enfin, si tu l’acceptes…

Ca deviendra vite lassant pour nous deux si elle me voit encore pour une simple supérieure. J’ai besoin d’elle à mes cotés.

Pour ce que j’ai dit avant…
En fait je veux juste que… Tu me racontes comment…


Mes gestes désordonnés ne collaient avec aucune phrase. Je dois avoir l’air tendu. Je cherche mes mots, comment appelle-t-on ça déjà ?
Ce sentiment de mortel qui nous rend faible…


Comment c’est… l’amour ?

Je la fixe. Je lis dans ses yeux que ça ne l’éclaire pas beaucoup plus qu’avant.
Attendre ne me fera pas connaître ça. Hadès a voulu me voir comme une enfant, et je resterai comme telle. Physiquement. Rien ne m’empêche de mûrir, et je ne me priverai pas.
Ce n’est pas mon choix à moi, et je l’accepte. Mais je veux savoir, c’est plus fort que moi. Et tous les livres de la bibliothèque de l’Empereur ne m’apprendront rien là-dessus.


Je veux connaître le secret des mots qui rendent faible.
Je te veux près de moi.



Et je pourrai veiller sur toi à mon tour…
C’est le plus important.

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MessageSujet: Re: Le fil   Mar 30 Sep - 17:23

Son ton de voix est différent. La scène est étrangement décalée, elle me parle comme une mère qui gronderait sa petite, alors qu'à quelques années près c'est moi qui pourrait être sa mère... Enfin, quelques années et un détail.

Bizarrement, son autorisation de parler librement et de cesser les cérémonies ne me met pas spécialement à l'aise... Peut-être que j'ai besoin de la voir comme une figure exceptionnelle. Peut-être que j'ai du mal à admettre que celle qui va diriger ma vie désormais soit une femme comme les autres. Ou une enfant. Ou les deux.

Son expression est extrêmement discrète, son visage ne révèle rien, non, ce sont ses mains qui parlent. Elles s'agitent un peu trop, se serrent et se desserrent... L'emprise de ce qui lui a changé le visage en pierre ne s'étend pas à ses mains... pas encore. Elle est tendue, anxieuse, troublée. Et comme j'entends la question, je comprends pourquoi. Même si tout reste mystérieux en elle, j'entrevois...
Quand l'ai-je vue pour la première fois ? Il y a plus d'un an de ça, presque deux ans, en fait... Si longtemps.
Et depuis lors, elle est restée exactement la même.
A une période de la vie où les jeunes filles changent de semaine en semaine, presque à vue d'oeil, comme les fleurs éclosent, Médolie est restée cette fille en bourgeon.
Difficile de croire qu'on a pu passer à côté d'une telle évidence.
Attendre ?
Depuis combien de temps a-t-elle cessé d'attendre ?
Depuis combien de temps la maturité de son esprit a-t-elle distancé celle de son corps ?
Quel âge peut-elle bien avoir ?
Et... Qui ? Et Pourquoi ?
Toutes ces questions me défilent derrière les yeux en une fraction de seconde avant qu'arrive la vague de méfiance et de peur.

Pourquoi me demandes-tu ça à moi ?
Comment peux-tu savoir que j'ai peut-être la réponse ?
Tous les regards en coin me reviennent, depuis cette seule et unique escapade que j'ai faite pour rejoindre Nadhir une nuit... J'avais franchi la Porte. A l'aller et au retour. Je n'ai vu aucune lueur rouge perçant l'ombre et venant de ses yeux. Mais elle a pu me voir quand même. Et deviner. Ou comprendre. Ou... je ne sais pas. Mais j'ai peur de ce qu'elle sait, elle.

Mais comme il faut répondre, quoi que je réponde, je choisis de dire ce que je sais. Ce sera vite fait. Car au fond je sais bien peu de choses...

Je me laisse glisser assise sur le couvre-lit satiné. C'est contraire à l'étiquette, elle ne me l'a pas permis, mais après tout c'est elle qui vient de me dire de laisser tomber le protocole. Et puis j'ai trop mal aux pieds. Trop pour arriver à me concentrer suffisamment.
Je laisse mes yeux se perdre un peu dans le flou.
Les mots qui rendent faible ?...


Ce ne sont pas des mots. L'amour se passe de mots. Je crois.
Ce sont... des regards et des souffles. Il y a des lueurs dans les yeux qui sont plus claires et plus vibrantes, bien plus que tous les mots.
Et des gestes. Des sourires. Des silences...
Je...
Je ne sais pas grand'chose de plus.
La faiblesse est dans le manque.
L'amour est un manque. Quand il te touche tu n'es plus jamais complète que quand l'autre est contre toi. Et quand il est loin de toi tu souffres.
Voilà...


Ca a l'air complètement ridicule, dit comme ça.
Pourtant, je ne vois pas d'autre manière de lui faire comprendre...
Je lève le regard sur elle.


Je resterai près de toi.
C'est pour ça que j'étais venue, être près de toi, et des autres.
Je n'ai plus besoin de...


De ?
D'isolement ?
De défiance ?
D'une tanière où me terrer ?
Est-ce que je serais guérie, à présent ?


... de me tenir à l'écart.

Et c'est juste.
Quand j'ai quitté la maison fondue, je la quittais pour ne plus y revenir.
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MessageSujet: Re: Le fil   Sam 1 Nov - 14:56

Ses mots me paraissent lointain. Je les connaît, mais n’arrive pas à en comprendre le sens.
Le manque, l’amour… ça me fait peur, et ça m’attire, ça serait une découverte, mais peut-être irrémédiable.
Que dirait les Démons si je devenais faible à cause des sentiments que j’aurais dû effacer ?
Que savaient-ils des sentiments ? Après tout, c’est peut-être elle, devant moi, qui se trompe.
L’amour comme une illusion, deux êtres aimantés pour combler leurs faiblesses respectives.
Etre enchaîné mentalement à quelqu’un, au combat comme en paix, ça ne peut être qu’une perte de temps, ou pire, de force.

Si je m’y intéresse, c’est que je pourrais l’utiliser contre les autres…
C’est forcement ça.

Elle en parle comme d’un bonheur, et moi comme d’une maladie. En théorie, elle en sait plus que moi, alors elle doit avoir raison.
C’est peut-être les deux en fin de compte. Elle est éblouie pace qu’elle est atteinte, et moi aveuglé parce que je n’y connaît rien.

C’est insoluble.
J’ai tant à lui demander.
Mais je suis Impératrice désormais… Je dois m’en montrer digne et ne pas m’abaisser aux futilités de la Surface.

Les Gardiens que j’ai emprisonné dans le Hall sont amoureux. Eyleen aussi. Qui d’autre encore ?
Moi ?



Je comprends…

Je mens, mais il me restera au moins cette dignité. A présent, j’aurais le temps de la comprendre, et je résoudrai ce… problème.

J’espère.
Je sors, sans un mot.
Même sans comprendre, ça m’a touché.


Eyleen, pourquoi je tiens tant à t’avoir ?.. dis-je dans un murmure, en regagnant ma chambre.
Pourquoi toi…

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